A la découverte du Vo Vietnam avec Fabien Latapie

30 mars 2021

A travers cet échange, Fabien Latapie nous présente l’art martial dans lequel il s’est épanoui ces dernières années. Un art à l’histoire riche où les cultures chinoises et vietnamiennes se croisent pour former le Vo Vietnam. 

Entretien

– Pouvez-vous nous présenter votre parcours martial ? J’ai commencé par le Judo à 11 ans, art martial que j’ai pratiqué jusqu’à l’obtention de la ceinture noire 1er Dan. Au retour de mon service national, je ne trouvais plus goût à cette discipline, j’ai donc chercher une pratique qui se rapprochait un peu plus des arts martiaux que l’on peut voir dans les films, genre kung-fu. Je suis tombé dans la marmite du VoVietnam que je pratique depuis maintenant 21 ans. Sans grand intérêt pour le passage de grade au début, j’ai un peu tardé à rentrer dans ce cycle de passages des DAN fédéraux (Dang en Vietnamien). Je suis actuellement 4ème dang (depuis novembre 2018). Dans mon école traditionnelle, l’attention n’est pas porté sur les grades, mais je suis professeur depuis 2009.

– Comment avez-vous découvert le Vo Vietnam ? Comme je l’ai évoqué dans mon parcours, je cherchais un art martial moins orienté sport, plus complet et plus traditionnel. J’étais en région parisienne à l’époque. Et j’ai vu qu’il y avait des cours de kung-fu vietnamien à 20 minutes en voiture. J’ai testé et … je n’ai plus arrêté.

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– Comment êtes vous devenu professeur de cette discipline ? Par quelles étapes êtes vous passé ? La progression au sein de mon école traditionnelle est très implicite, elle pousse à se découvrir soi-même plutôt qu’à être découvert par les autres. Une des étapes est de passer au cours des confirmés, cours qui se déroulait à l’époque le Dimanche matin : une différence importante de niveau qui met la barre beaucoup plus haut. Puis le maître vous attribue la ceinture d’élève-professeur et vous devez ensuite la mériter, faire vos preuves mais après avoir reçu la récompense. On vous donne des cours à gérer, une salle éventuellement, et de fil en aiguille, votre niveau augmente dans toutes les composantes de cet art martial riche : pédagogique, technique, énergétique, physiologique, spirituelle. Ensuite, si le fait d’avoir la ceinture de professeur-enseignant peut sembler être un objectif, il n’est qu’une nouvelle porte vers un monde plus grand, monde que j’étudie et transmets depuis plus 10 ans maintenant, donc.

– Comment définiriez-vous le Vo Vietnam ? C’est un art martial traditionnel d’origine vietnamienne. Chaque mot a son importance dans cette définition. L’art car la pratique a été élevée par son créateur Maître Nguyễn Đức Mộc à ce rang de part la structure, la transmission, l’épuration des mouvements, la démonstration de l’efficacité, l’association des techniques dans des enchainements harmonieux. Notre Maître actuel, Philippe Bertec, continue cette recherche en faisant évoluer la technique, en créant des enchainements différents. Le côté martial car l’ensemble des techniques est issu des techniques de guerres (y compris dans l’utilisation des armes), des combats à mains nues, et se perpétue par la mise en application des techniques et les combats traditionnels que nous pratiquons. Traditionnel à la fois du point de vue des noms utilisés (pour les techniques, les enchainements), du point de vue des tenues (couleurs, forme, idéogramme), et du point de vue des liens que nous entretenons avec la communauté vietnamienne en France et au Vietnam. L’histoire sur laquelle s’est formée cet art martial a également une résonance dans la manière de pratiquer. L’origine vietnamienne porte les traces des différentes luttes contre les envahisseurs successifs, ce qui explique entres autres une composante sino-vietnamienne, une association des termes vietnamiens et chinois, mais aussi une structure technique propre et notablement différente des autres arts martiaux vietnamiens.

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– Quelles sont les particularités de cet art martial ? Il existe quelques particularités notables. Dans le mouvement, la particularité est d’être très mobile, le moins rigide possible, de ne chercher la contraction qu’à l’impact. Dans la technique, aucun de nos enchainements ne ressemblent aux autres écoles d’arts martiaux (même vietnamienne), notre frappe du poing ne va jamais jusqu’à l’extension complète du bras, certains coups de pieds ont une trajectoire novatrice. Dans la stratégie de combat… ah non je ne dois pas vous la dire, c’est secret 😉 Bref, tout cela pour dire que même du point de vue de nos cousins vietnamiens, nos techniques sont particulières.

– Quelle est la philosophie du Vo Vietnam ? La philosophie est basée sur les mêmes piliers que la pensée chinoise : Taoïsme, Bouddhisme et Confucianisme. Les valeurs morales en sont donc inspirées évidemment avec comme composante essentielle le respect : de soi, de l’autre, de l’expérimenté, de l’ancien, et la connaissance : de soi, de l’autre, mais aussi de tout ce qui a amené à l’existence de cet art tel qu’il est aujourd’hui.

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– En quoi le Vo Vietnam peut s’inscrire dans une démarche de sport-santé ? En lien avec le respect et la connaissance de soi, les enseignants, par leur connaissance et l’analyse qu’ils ont de votre manière d’être et de bouger, peuvent vous amener à mieux vous connaître, vous comprendre, respecter vos besoins physiologiques et psychologiques. Cela amène à une auto-pratique sport-santé où l’on vous incite à écouter votre corps mais aussi à le faire progresser.

– Quel était votre objectif en montant votre club à Auray en 2011 ? Transmettre, avant tout. Et évidemment, d’autres choses se sont créées : une communauté, un partage, une émulation, un enrichissement spirituel personnel qui m’a emmené vers un monde plus grand encore.

– A qui cette pratique se destine ? A ceux qui veulent apprendre : sur les arts martiaux et sur eux-mêmes. Nous ne sommes pas dimensionnés par accueillir des enfants de moins de 6 ans, mais à part cette contrainte, rien ne s’oppose à la pratique (à part vous-mêmes).

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– Comment travaillez-vous avec vos élèves depuis le début de cette crise sanitaire ? Les conditions de pratiques ont quelques peu évolué en l’espace d’un an et nous nous sommes adaptés, à l’instar de notre art martial : quand les distances devaient être respectées, nous travaillions nos techniques de base, enchainements (quyen, l’équivalent des Katas). Quand les structures couvertes étaient fermées, travail en extérieurs (parc, plage, et même stage d’un weekend en plein air). Et depuis le nouveau confinement/couvre-feu, nous avons pris un abonnement visio-conférence et permis ainsi de travailler avec l’ensemble de l’école (section d’Auray mais aussi les sections normandes et parisiennes). Avec, pour ce dernier mode, l’avantage d’avoir plus de monde, plus de professeurs et donc d’approches différentes, et la présence régulière du maître Philippe Bertec. 

– Qu’est-ce que cette crise a apporté de positif dans votre pratique ? Quels ont été les freins ? En plus de ceux cités précédemment, cela a apporté une nouvelle manière de communiquer notre art à nos élèves (vidéos pédagogiques, une autre manière d’expliquer sans avoir recours aux messages kinesthésiques) et donc une remise en question de notre approche en tant que professeur. Ceci étant, nous avons accès à beaucoup moins de pratiquant (70% de moins) pour des raisons que nous avons explorés avec eux (sport chez eux, horaires incompatibles avec organisation propre, espace disponible, échange par écran interposé, aisance avec l’outil informatique).