Emeline Jego, se construire avec les sports de combat

5 janvier 2021

A tout juste 17 ans, Émeline Jego a déjà pas mal bourlinguer dans le milieu des sports de combat. Cette pratiquante, véritable passionnée, s’est essayée à de nombreuses disciplines afin de s’enrichir personnellement et sportivement. Entretien avec une jeune licenciée Morbihannaise, moteur au niveau du karaté contact sur le département.

Les débuts

Comment es-tu venue à pratiquer les sports de combat ? Du haut de mes 5 ans, j’avais un tempérament un peu « rebelle ». Mes parents ont voulu m’inscrire à un sport afin que je puisse apprendre le respect des règles au sein d’un groupe et que je puisse me défouler. Après s’être renseigné sur les sports existants autour d’eux et mon père ayant lui-même pratiqué un sport de combat, la boxe anglaise, le karaté leur a semblé le plus approprié. 

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Par quelle discipline as-tu débuté ? J’ai tout d’abord commencé à 5 ans par du karaté sportif que j’ai pratiqué en compétition. A l’âge de 11 ans, j’ai intégré le Centre Labellisé d’Entraînement Départemental à Lorient avec pour entraîneur Jérôme Le Houedec avec qui je suis restée jusqu’à mon arrêt de cette discipline à l’âge de 14 ans. En parallèle, dès l’âge de 9 ans, j’ai découvert le karaté semi et light contact par le biais de mon père qui avait décidé de reprendre les sports de combat après une pause de quelques années. J’ai donc pratiqué pendant quelques années les deux disciplines conjointement. A 14 ans et avec le passage au lycée, il a fallu que je fasse un choix entre les deux disciplines car j’avais beaucoup d’heures d’entrainement. J’ai donc continué le karaté semi et light contact que je pratique en compétition depuis un an (date de passage en junior). C’est une évolution vers le pré combat en karaté contact.

Depuis 3 ans, j’ai également un attrait important pour le karaté mix que j’ai découvert lors d’un stage avec Loic Marty. Mon club ne pratiquant pas cette discipline, je me suis rapprochée de Jérôme Charles qui m’entraîne dès que nous le pouvons car il est dans un autre département. C’est également lui qui me coache lors des compétitions nationales. J’ai également voulu découvrir d’autres disciplines de notre fédération : le sanda et les arts martiaux vietnamiens. Ce n’est pas mon domaine de prédilection mais j’apprécie les pratiquer en loisir et en compétition. L’année passée, je m’étais même qualifiée pour les championnats de France Sanda qui n’ont malheureusement pas eu lieu du fait de la crise sanitaire.

Qu’est-ce qui te plait dans les sports de combat ? Ce que j’aime dans les sports de combat, c’est que vu de l’extérieur, pour beaucoup, il s’agit d’un sport individuel mais en fait même si on est seul sur le tatamis, il y a tout une équipe, des partenaires d’entraînement et un club derrière toi. La pratique des sports de combat, c’est également le dépassement de soi, l’envie de ne rien lâcher et d’aller jusqu’au bout. 

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Quel avantage vois-tu à pratiquer plusieurs sports de combat différents ? L’avantage de la pratique de différents sports de combat est de ne pas se lasser de sa discipline, d’apprendre et évoluer grâce à la découverte d’autres techniques, de découvrir d’autres manières d’appréhender le combat. Je trouve cela plus riche tant au niveau de ma discipline mais également au niveau personnel par les différentes rencontres et échanges que cela m’apporte.

Le karaté contact

Tu pratiques notamment le karaté contact, peux-tu nous présenter cette discipline et ses particularités ? Le karaté contact est un sport de combat de pieds poings qui se pratique sur tatamis. Le karaté contact est destiné aux adultes car le K.O est autorisé. Tous les coups sont portés au-dessus de la ceinture à la différence du karaté full contact où les coups sont autorisés dans les jambes. Au niveau des protections, nous avons un casque, des chaussons de karaté contact, des gants de boxe, des protège tibias et un protège dent.

Il existe également le semi et light contact où les coups et contacts doivent être maitrisés. Le light contact et full contact se pratiquent sur tatamis mais également sur ring.

En quoi cette discipline est-elle adaptée aux jeunes de ton âge ? Pour ce qui est des plus jeunes, le semi et light contact sont totalement adaptés du fait des règles de maîtrise des coups et des techniques de pieds poings qui sont codifiées et encadrées. Je n’ai d’ailleurs jamais été blessée lors de la pratique de ces deux disciplines. A partir de 18 ans, il y a possibilité pour ceux qui le souhaitent de faire évoluer leur pratique vers le karaté contact et full contact. Cela est également très encadré même si le risque de blessures est plus important. 

La compétition

Qu’est-ce que l’on ressent avant un combat ? Avant chaque compétition plusieurs sentiments se mélangent : du stress, de l’impatience et de l’excitation mais également l’envie de réussir et de donner le meilleur de soi-même.

Qu’est-ce que tu aimes dans la compétition en contact ? J’aime le fait d’être avec mon équipe, de sentir l’ambiance qu’il y a dans une salle de combat. Le karaté contact demande de la concentration et de la confiance envers son coach car chaque erreur peut coûter énormément : la victoire ou une blessure.

Quels conseils pourrais-tu donner à des jeunes qui hésiteraient à se lancer dans la compétition ? Il ne faut pas hésiter car la compétition est un bon moyen de se libérer et de prendre de l’assurance dans sa vie personnelle. Que l’on gagne ou que l’on perde, il y a toujours quelque chose à apprendre. On se questionne, on voit ce qui a ou n’a pas été, c’est toujours une remise en question sur soi-même.

En compétition, il y a la compétition en elle-même mais il y a aussi toute l’ambiance qui règne au sein du groupe avant, pendant et après. Depuis 3 ans, sous l’impulsion de notre président du Morbihan Pascal Castiglione, une « Team Morbihan karaté contact » a vu le jour et j’en fais partie. Elle rassemble plusieurs compétiteurs issus de différents clubs. Nous faisons les déplacements ensemble, nous nous soutenons, nous partageons nos victoires et nos défaites. C’est aussi cela la compétition, un esprit collectif.

La crise sanitaire

Comment tu gères cette période sans compétition ? Cette période sans compétition est très compliquée. Nous avons des entraînements qui ont repris curant décembre mais nous n’avons pas le droit au contact. Il me manque également tous mes sparrings car je m’entraine habituellement qu’avec des adultes qui eux n’ont pas encore eu le droit de reprendre en intérieur. L’absence de compétitions et le manque de visibilité sur la reprise de celles-ci rendent difficile de garder la motivation. Les objectifs sont difficiles à entrevoir et le cap difficile à garder.

Comment tu te motives pour continuer à faire du sport régulièrement ? J’essaie de me dire que cette période ne va pas durer éternellement, que les compétitions vont finir par reprendre et qu’il faudra alors être prête. J’ai également l’objectif de passer ma deuxième DAN, je continue donc de m’entraîner dans ce sens. La date était initialement prévue fin décembre 2020 et a été décalée fin janvier. J’espère qu’il n’y aura pas un nouveau report.

Pendant ces vacances, as-tu pu continuer les entraînements ? Les entraînements ont repris en extérieur début décembre et l’entraîneur qui est également mon père a tout fait pour maintenir les séances. Nous ne nous sommes pas arrêtés pendant les vacances. Il a fallu s’adapter aux protocoles en vigueur. Les entraînements sont plus orientés cardio et renforcement musculaire en intérieur et tous les samedis nous allons faire un trail dans les environs. Cela permet de garder la forme même si cela ne remplace pas la mise de gants qui me manque énormément.

Les objectifs

Qu’est ce que l’on peut te souhaiter pour 2021 ? Pour 2021, principalement la reprise des entraînements et des compétitions comme cela existait avant le premier confinement, même si cela ne remplace pas les 10 mois perdus en termes de résultats et de performance sportive. Je souhaite entrer plus tard en gendarmerie, les résultats et performances sportives sont un plus mais avec un creux de 10 mois dans nos compétitions, il n’y a pas grand chose de récent à mettre dans nos dossiers. Le sport amateur, que ce soit moi avec le karaté contact ou pour d’autres dans d’autres disciplines, a perdu gros avec cette crise sanitaire. J’espère également obtenir ma deuxième DAN et mon baccalauréat.

Maxime Rannou / Freelance