Claude Chauvel : « La clé, c’est le plaisir ! »

18 décembre 2020

A 43 ans, Claude Chauvel (6ème Dan – Karaté Sud Armor Kervignac) a construit sa pratique sur son expérience personnelle, en suivant une voie, celle du sport-santé. En cette année où la pratique sportive a été fortement impactée, il nous donne quelques conseils et pistes pour envisager l’avenir.

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Parlez-nous de ce que vous avez mis en place au sein du club pendant ces périodes de confinement ? « Lors du premier confinement au printemps dernier, avec Michel Kervadec, nous avons mis en place de nombreuses animations pour garder le lien avec nos pratiquants en leur proposant des activités. Il fallait faire bouger les enfants et nous sommes parvenus à faire intervenir les parents et même les grands-parents, grâce à des activités ludiques. On sentait qu’il y avait une véritable demande de la part de tous les pratiquants du club. On proposait donc deux cours en visio par semaine pour conserver le rythme que l’on avait en présentiel dans la structure et ça a très bien fonctionné. Nous étions agréablement surpris … Ce deuxième confinement est différent. Nous avons essayé de reproduire au départ ce qui avait été mis en place en avril, mais nous avons rapidement compris que les gens attendaient autre chose, qu’ils avaient d’autres besoin. Nous avons alors proposé d’autres contenus dont notamment des ateliers pour échanger, pour discuter avec des thématiques bien précises pour gérer cette période. Les écrans nous permettent de garder le lien mais on ressent en ce moment que les adhérents ont besoin de ce contact, de présence …  »

Comment expliquer ce changement d’attitudes ? « On pense qu’il y a plusieurs raisons. Les gens saturent des écrans. Ils veulent du contact, de la présence. Nous ne sommes pas non plus sur la même période au niveau des saisons. Etant en relation régulièrement avec le Canada par exemple, j’observe que la luminosité joue en cette période hivernale. Les gens sont moins enclins à bouger pour faire du sport et le moral avec l’actualité du Covid y est aussi pour beaucoup. Lors du premier confinement nous étions au Printemps, il faisait relativement beau et le moral était là. En hiver, lorsque les journées sont plus courtes c’est plus compliqué. »

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Comment en êtes-vous venu à vous spécialiser dans le sport-santé ? « J’ai fait beaucoup de sport dans ma vie et pas que du karaté. J’ai trouvé dans cette discipline et dans les arts martiaux de manière générale un « truc » en plus, les valeurs. Non pas que dans les autres sports il n’y ait pas de valeurs mais dans les arts martiaux, en plus de l’aspect physique, je trouve que le mental et le développement personnel sont prépondérants. Je crois d’ailleurs beaucoup au Code Moral qui est véhiculé dans les arts martiaux. Je suis issu d’une pratique traditionnelle. Mon premier professeur était Gérard Dumont, qui avait lui même suivi maitre Kase. J’ai fait énormément de stages notamment avec Jean-Pierre Lavorato que je suis depuis mon plus jeune âge.

A la vingtaine, alors que j’avais repris mes études en FAC de Sport à Rennes, après avoir passé mon BE à Marseille, j’ai fait une grave dépression. Je ne connaissais rien à tout ça et comme toute personne qui en fait une pour la première fois, j’ai appris plein de choses. Je me suis énormément documenté sur cette question, tout en me rapprochant de Kervignac et du pays de Lorient où était basée ma famille. J’ai beaucoup échangé avec Michel Kervadec mon entraineur et ami qui est également Président du centre de médecine du sport de Lorient, sur ces questions de sport-santé et ça m’a permis d’évoluer et d’avoir des réponses.

Un autre épisode explique cet intérêt : à 40 ans, j’ai été alité durant neuf mois à cause d’un problème de dos, qui est un souci national. Depuis tout jeune, j’avais une vertèbre trop avancée et en soulevant un poids à mon travail, un nerf s’est coincé et a paralysé mes jambes. J’ai du aller à Kerpape pour faire une rééducation du dos et grâce à eux et à un gros travail je m’en suis sorti … Ce sont deux aspects de mon histoire personnelle qui m’ont donner envie d’aller plus loin dans ce domaine du sport et de la santé. J’ai ensuite fait une certification avec l’Agence Régionale de Santé (ARS), une certification sur « l’éducation thérapeutique du patient » au CHBS et je viens d’obtenir mon certificat de coach en entreprise. « 

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Pour en revenir au karaté, quels sont les liens avec la santé ? « Le karaté participe à être en bonne santé. En pratiquant, on agit sur soi. On travaille sur ses qualités physiques, sur la résistance, la souplesse mais aussi sa coordination, son poids … nous sommes de plus en plus sédentaires, et les confinements n’ont pas amélioré les choses. Il faut montrer le bon exemple à nos enfants. Le karaté, ce sont aussi des étirements, de l’auto-massage, du repos. Avant, je ne faisais pas tout cela. Quand on est jeune, on n’y pense pas suffisamment. C’est quand les blessures commencent à arriver que l’on prend conscience des choses alors qu’il faudrait entamer ces routines beaucoup plus jeune. Dans la pratique traditionnelle, il faut avoir les mêmes automatismes qu’un sportif de haut niveau : hygiène de vie, alimentation, récupération … pour pouvoir durer. « 

Quels conseils pouvez-vous nous donner en cette période particulière ? « La clé, c’est le plaisir ! Il faut prendre du plaisir dans ce que l’on fait. Travailler sur le kata que l’on préfère, bosser à plusieurs quand c’est possible, avoir une activité comme la marche, le vélo ou la course à pieds dans des endroits où l’on aime aller. Tout cela participe à reprendre goût aux choses et au sport. Beaucoup de personnes ont coupé avec la pratique car il n’y avait plus ce rythme de deux ou trois entrainements par semaine.

On vit également dans une société de plus en plus stressante, ces confinements créés de l’anxiété et il faut donc penser à se relaxer, prendre du temps pour soi, essayer de s’échapper de temps en temps avec des exercices de relaxation, de respiration. Pour reprendre doucement une activité, la marche est un excellent basique. On peut varier les intensités, les parcours et retrouver le goût de pratiquer une activité physique. Quand on fait du sport pour améliorer sa santé, ce n’est pas quelque chose qui vient du jour au lendemain. Il faut prendre son temps, mettre en place un programme et être sur la durée pour avoir des bénéfices à court, moyen et long terme. »

 

Maxime Rannou / Freelance